Dany Brillant, le paradis perdu des sentiments.

Par Eliette Abécassis

Voici Dany Brillant, dans l’intimité.

Dans une veine sensible, tendre et sincère, son nouvel album nous plonge dans des rythmes qui transfigurent le quotidien, et donne des ailes.

Voici tous les stades de l’amour, évoqués par le chanteur, d’une voix profonde et ardente.  Dix étapes de la relation amoureuse, que l’on peut aussi parcourir comme dix étapes de la vie de Dany: l’approche des débuts, avec les petits bars et boîtes de jazz, l’envol, puis l’installation dans le succès populaire, la rupture avec le commencement, pour celui qui sait se réinventer et se renouveler, toujours dans la tradition.

Après une enfance marquée par l’exil et la difficulté de l’existence, Dany Brillant a eu une jeunesse imprégnée davantage par ses rencontres à Saint Germain des Prés et ses premières prestations dans les boîtes de jazz que par ses études de médecine, qu’il a rapidement abandonnées. Il a cherché à oublier les blessures de la vie à travers la musique, le rythme et la mélodie. Et l’on retrouve dans ses chansons l’influence des pays et des voyages qui l’inspirent et qui le nourrissent, ainsi qu’une nostalgie heureuse pour un passé regretté, qu’il fait revivre et qu’il magnifie. C’est sa “mission”, celle qu’on lui a donnée, celle qu’il s’est attribuée. On y discerne aussi le questionnement éperdu d’un enfant qui voit ses parents se battre pour retrouver la vie qu’ils ont quittée et pour assurer le quotidien. Et le regard d’un adulte qui a voulu donner du bonheur aux gens, qui a cherché à célébrer les femmes, les sentiments, les voyages et tout ce qui exalte la vie.

Voici donc un hommage musical  à l’amour et au couple, au moment où l’on cède à l’hédonisme et au plaisir facile. C’est un retour vers le romantisme, mais un romantisme spirituel et mystique. Rêver de l’âme soeur, du grand amour, être capable d’aimer, s’adonner à l’amour, et se découvrir, soi-même, à travers l’autre, s’ouvrir à la tendresse pour s’ouvrir à la vie: ce sont toutes les chansons que nous avons perdues. Pour Dany Brillant, qui se plait à être à contre-courant, c’est une thématique évidente. L’exaltation du sentiment, le frôlement d’un slow, les tâtonnements de l’amour naissant, à l’heure même où d’autres se perdent dans la consommation et la consumation, nous plongent dans un univers délicat et subtil. Un vrai paradis perdu.

Si ce disque nous redonne le goût de l’amour, c’est qu’il s’inscrit dans une tradition intemporelle. Franck Sinatra, Dean Martin, et Serge Reggiani, Michel Legrand, Charles Aznavour, ou Yves Montand, ne sont pas loin. Garder le flambeau, perpétuer la flamme, parce que “la modernité sans tradition est vide” : voilà qui nous place d’emblée dans un univers surrané et éternel, héritier de l’après-guerre. “ J’ai été choisi pour cela. Dès l’âge de dix ans, j’écoutais les disques de Glenn Miller.A Saint Germain des prés, j’avais le coeur qui battait à cent à l’heure”, dit Dany Brillant.”Ce n’est pas moi  qui ai choisi, le passé, c’est le passé qui m’a choisi.”

Cet album qui est l’album de l’amour est aussi l’album du rythme, et des mélodies. Toutes les chansons, chacune sur un registre différent, nous entraînent vers le bonheur. Bonheur du slow, du premier baiser, de la réconciliation après une dispute, de se découvrir romantique, car au fond de nous, nous le sommes tous. Nous avons tous ce désir en nous, d’un amour qui nous transfigure, sans lequel la vie n’a pas de sens.

Ainsi est née la vocation de Dany Brillant: pour perpétuer la tradition, oublier l’exil, rendre la vie plus belle, plus dense. Retrouver la lenteur d’un slow, lorsque les boîtes de nuit résonnent d’Electro et de Rap est un projet tellement fou, que l’on ne peut qu’être séduits. Soudain, on est sur la piste, pour étreindre cette personne que l’on n’a jamais vue, et ressentir l’émotion d’un geste, d’un peut-être, d’un pourquoi pas….

Prendre son temps, dans un “désir demeuré désir”, comme le dit René Char, se retrouver dans la lenteur, la caresse, et l’intime: le plus secret et le plus pudique des chanteurs, qui ne dévoile jamais rien de lui-même, révèle pour la première fois une part cachée de sa personnalité. Il recherche la douceur et la paix plus que la passion destructrice, la spiritualité dans la rencontre amoureuse qui permet d’achever son être imparfait, par la rencontre de l’Autre.

Voici donc un grand amoureux. Et l’on comprend alors que l’album est né d’un souvenir adolescent, un premier amour d’une jeune fille qui ne voulait pas de lui et à qui il écrivait des lettres. Elle lui disait: “c’est toi, le dernier romantique”.

 

Les dix étapes de l’amour

 

1) Donne-moi (la prière) : une chanson sous forme d’une prière sur la recherche de l’âme sœur et la quête du grand amour, de “l’amour à l’infini”.

 2) Viens dans mes bras (la dispute) : une demande de pardon dans la gaieté  et a légèreté pour un nouvel élan, lors d’une dispute: les mots que l’on rêverait d’entendre quand on est en lutte, quand on veut tout casser.

 3) Le dernier romantique (un amour de jeunesse) : une chanson très intime, sur les aspirations et les inspirations de Dany Brillant, sur ses rêves de jeunesse, son désir de musique lié au besoin d’amour. C’est sa chanson la plus autobiographique.

4) Tu me dis que tu m’aimes (le faux amour) : Words, words, words… les mots de l’amour ne sont pas toujours des mots d’amour…

5) Si tu pouvais vivre ta vie (les regrets) : Ces moments où l’on a l’impression d’être à côté de sa vie, où l’on doit changer de vie, où il devient vital de s’échapper. C’est la chanson la plus poignante, à chaque fois que je l’écoute, elle me serre le cœur.

6) Come Prima (weekend à Rome) : Une très belle interprétation de ce classique italien, revisitée, pour rendre hommage à ce pays cher à son cœur.

7) Ce feu qui brûle dans nos cœurs (l’érosion des sentiments) : le déclin de l’amour passion, thème cher à Albert Cohen, et qui est la loi impitoyable de l’amour.

8) Si j’ai mal (la rupture) : une chanson très triste sur la différence entre l’idéal et la réalité, d’une grande nostalgie et d’un grand désespoir.

9) Ferme les yeux (le slow) : un superbe slow, qui est aussi un hommage au slow. Place à la rêverie…

10) La première fois (la première fois) : un soir d’été, au crépuscule, c’est aussi un début de la vie, un “charme fou”… C’est le début de l’amour.

 Eliette Abécassis